le 22-11-2017
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EXPOSITION - Les paysages de Seine-Maritime /1 : géologie et milieux

La Seine-Maritime est un ensemble de paysages fondés au fil du temps par l’interaction d’éléments naturels et humains. On distingue quatre grandes entités paysagères : le Pays de Caux, le Pays de Bray, la Vallée de la Seine et le Littoral. Chacune possède des caractéristiques qui font leur originalité. Le Petit Caux, l’Entre Caux et Vexin, l’Entre Bray et Picardie, sont des terres de transition.

Nous vous présenterons en premier lieu les « clés » du paysage départemental : la géologie, l’hydrographie, la végétation rencontrée, les matériaux utilisés et les techniques architecturales traditionnelles. Par ailleurs, 4 chapitres distincts partiront à la découverte des spécificités de chacun des grands paysages du département.

Un sous-sol d’origine sédimentaire

La Seine-Maritime s’inscrit dans un vaste bassin sédimentaire : le Bassin Parisien, qui s’étend du sud de l’Angleterre aux Vosges et à l’Alsace. Celui-ci est constitué d’un empilement de couches dures ou meubles. A la fin du Trias inférieur, il y a 200 millions d’années, la mer germanique envahit peu à peu le bassin parisien, alors vaste plaine. Les dépôts géologiques vont se constituer successivement en fonction des avancées et des retraits de la mer. Pendant les phases d’avancement se forment des dépôts marins, lagunaires et lacustres qui donneront les calcaires et les marnes. Lors des phases d’émersion du continent les dépôts antérieurs sont remaniés. De nature fluvio-lacustre ou détritique, ce sont les sables et les argiles. Ces terrains subissent un soulèvement et des déformations à l’ère Tertiaire, lors de mouvements liés à la surrection des Alpes. Au Quaternaire, l’histoire géologique est surtout liée aux variations du niveau de la mer dues aux glaciations.

Les roches qui apparaissent à l’affleurement

La boutonnière du Bray, ouverture sur les formations les plus anciennes, laisse apparaître des roches datant du Jurassique supérieur (calcaires et marnes) et du Crétacé inférieur (argiles et sables). Les craies qui constituent la grande majorité du sous-sol du département se sont formées entre -100 et -65 millions d’années, au Crétacé supérieur, alors que la mer recouvrait le bassin parisien. L’épaisseur de ces formations calcaires varie entre 200 et 300 mètres. Il reste peu de traces des formations de l’ère Tertiaire (entre -65MA et -2MA) comportant des sables, des argiles et des grès. Ces couches ont en effet été érodées et seules quelques poches ont résisté. Elles restent très localisées, comme par exemple sur le littoral autour du Cap d’Ailly et à l’est de Saint-Valéry-en-Caux.

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C’est également à la fin de l’ère Tertiaire que les roches calcaires préalablement formées subissent une altération et que se forme la couche d’argile rouge à silex. Cette formation atteint parfois 30 à 50 mètres d’épaisseur. Au Quaternaire (-2 MA), l’ère des grandes glaciations, se sont formés des dépôts de limons d’origine éolienne. Ces limons des plateaux forment la couche superficielle qui recouvre la région. Ils peuvent atteindre une épaisseur de 10 mètres.

Une diversité des eaux de surface

Le réseau hydrographique du département de la Seine-Maritime est assez complexe. Les substrats géologiques très fissurés favorisent l’infiltration des eaux de surface assez profondément sur une bonne partie du territoire. Les zones de sources apparaissent donc à la faveur de la rencontre des couches géologiques renfermant les nappes phréatiques, dans des situations de vallonnements entaillant profondément le plateau crayeux. Ainsi naissent ruisseaux et rivières assez épars dans le Pays de Caux. Au contraire, dans le pays de Bray, en raison de la nature imperméable du sous-sol, le réseau hydrographique constitue un chevelu très dense.

Un grand fleuve, la Seine La Seine s’écoule en larges méandres sur près de 150 km. Marqué par le phénomène des marées jusqu’aux écluses de Poses, en amont de Rouen, le fleuve s’ouvre sur la Manche en un estuaire bordé de vasières.

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Les limites géographiques de la vallée sont marquées par les affleurements de calcaire formant, sur la rive concave des méandres, de hautes corniches et par des dépôts alluvionnaires créant des terrasses successives sur la rive convexe.

De nombreux plans d’eau créés par l’homme

Les mares, présentes sur l’ensemble du département, ont été créées pour répondre aux besoins domestiques et agricoles. Recueillant les eaux de pluie, elles participent à la lutte contre le ruissellement et les inondations. Dans les vallées, les extractions de sables et graviers alluvionnaires, aussi appelées ballastières, ont constitué de nombreux plans d’eau. Une fois l’activité arrêtée, certains ont été aménagés en étangs de loisirs ou en sites d’accueil pour les oiseaux d’eau.

Un espace dominé par l’activité agraire

Les terres agricoles

Le système d’exploitation prédominant est la polyculture élevage. Ainsi se côtoient cultures et prairies.

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Les surfaces cultivées se répartissent entre les céréales (blé, orge et escourgeon), les cultures fourragères (maïs), les cultures industrielles (lin, betterave…), les oléagineux (colza), les protéagineux et légumes secs mais aussi la pomme de terre et autres légumes frais.

La forêt

Héritage des grandes chasses royales et de l’approvisionnement des chantiers navals, les forêts domaniales de la vallée de la Seine, de Lyons et d’Eawy constituent de grands massifs. Les autres forêts s’implantent sur les sites non propices à l’agriculture notamment sous la forme de cordons linéaires accrochés aux accidents du relief (coteaux de la vallée de la Seine et des vallées cauchoises, cuestas du Pays de Bray).

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Plantées, gérées, exploitées par l’homme, les forêts sont traitées en futaies ou taillis sous futaies et sont majoritairement constituées d’arbres feuillus, avec pour essences dominantes le hêtre et le chêne.

Les boisements linéaires

Le maillage bocager de la vallée de la Seine et du Pays de Bray et les grands rideaux d’arbres cauchois constituent les motifs de paysage qui fondent l’identité de ces territoires. La variété de leurs modes de gestion et de leurs essences favorise la diversité écologique. Malgré un net recul au cours de la seconde moitié du XXème siècle, on constate depuis quelques années un effort de replantation des haies d’essences locales.

Des ensembles végétaux spécifiques

Une richesse écologique à préserver : les pelouses calcicoles

Elles se développent dans des lieux ou le calcaire affleure, notamment entre les corniches de la vallée de la Seine et sur les cuestas et monts du Pays de Bray. Elles offrent au regard des versants d’herbe plus ou moins rase parfois parsemés de quelques arbustes. Autrefois cultivées puis utilisées pour le pâturage des moutons, elles forment aujourd’hui un milieu écologique très riche, mais aussi fragile.

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Pentus et possédant un sol quasi inexistant, ces coteaux calcaires sont peu rentables pour l’agriculture moderne. Lorsqu’ils sont laissés à l’abandon, les pelouses sont envahies par les ligneux et perdent peu à peu leur diversité floristique.

Une végétation restreinte : les landes

Zones de végétation développant à la faveur de sols pauvres et acides, les landes sont rares en Seine-Maritime. Elles se caractérisent par une végétation ligneuse basse à feuillage persistant (bruyères, genêts, ajoncs…). Elles sont présentes sur quelques sites du pays de Bray, sur la pointe du Cap d’Ailly ou en forêt de la Londe-Rouvray. Issues de déboisements forestiers ou liées à des conditions climatiques difficiles comme sur le littoral, les landes étaient autrefois utilisées comme parcours pour le bétail. Aujourd’hui, elles sont souvent maintenues et recréées de façon artificielle.

Des milieux fragiles : les zones humides

Terrains gorgés d’eau de façon temporaire ou permanente, les zones humides offrent une diversité de formes. En fonction des caractéristiques du sol, du niveau d’eau et de la végétation qui s’y développe, elles prennent des dénominations différentes : tourbières, mares, marais, prairies humides, estuaire… Liées au milieu maritime, aux eaux courantes ou stagnantes, ces milieux assurent des fonctions hydrauliques et écologiques importantes. Globalement menacés par la pression urbaine, l’industrialisation ou l’agriculture, ils doivent faire l’objet de mesures de préservation ou de restauration.

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Exemple : Les tourbières

Les tourbières résultent d’une accumulation de matières végétales non décomposées qui constituent la tourbe. Leur édification se réalise sur une période de 2000 à 5000 ans sous un climat frais et humide.

Des conditions de vie difficiles

La végétation de ces milieux rares est soumise à des conditions climatiques ainsi qu’à des natures de sol bien particulières. Sur les versants des coteaux calcaires exposés au sud et sur un sol quasi inexistant, les conditions de vie des plantes s’apparentent à celles des zones méditerranéennes, ce qui explique la présence très localisée de certaines espèces. De même, dans les tourbières du pays de Bray ou les températures nocturnes sont très basses, même en été, la végétation s’est adaptée à ces conditions hostiles.

Empruntez l’exposition du CAUE sur les Paysages et l’Architecture Traditionnels de Seine-Maritime voir ici

Consultez le site APPRENDS-MOI-LE-PAYSAGE C’est un site web comprenant des fiches thématiques permettant à l’enseignant de diriger des séances sur les grandes définitions et composantes du paysage ou sur un thème : le Pays de Bray, le Pays de Caux, la mare, la haie, le village, les infrastructures, les jardins... Il comprend aussi des fiches de propositions d’actions à concrétiser avec les élèves soit sur le terrain soit en classe. Il propose enfin une riche iconographie. Une des originalités de l’outil est que chaque document s’appuie sur le paysage de notre département et ses caractéristiques, permettant aux jeunes de reconnaître et de connaître ce qui les entoure au quotidien. Voir ici