le 27-07-2017
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EXPOSITION - Les paysages de Seine-Maritime /2 : matériaux naturels pour la construction

Origine des matériaux : 1 / les végétaux

Le sous-sol et la végétation offrent des matériaux divers qui ont alimenté les modes traditionnels de construction. Pris sur place, ces végétaux et ces roches conditionnent des architectures parfaitement intégrées dans les paysages. Les bâtiments ainsi "issus" de la terre crèent aujourd’hui un patrimoine riche, varié et menacé.

Les qualités des matériaux traditionnels

Les matériaux traditionnels se patinent avec le temps et leur aspect ne rompt pas avec les couleurs de la terre et de la végétation locale. Riches des nuances des matières premières, les constructions traditionnelles offrent une multitude de teintes et d’aspects qui leurs confèrent ces qualités naturelles. Mis en oeuvre selon les techniques traditionnelles anciennes, les matériaux naturels constituent des murs sains. Naturellement perméables à la vapeur d’eau, ils ne génèrent pas de condensation et ne retiennent pas l’humidité à l’intérieur de l’habitation.

Le bois

Les boisements des forêts et les alignements d’arbres plantés autour des cours de ferme servaient à réaliser l’ossature des bâtiments, les menuiseries (portes, fenêtres, volets…) mais aussi l’essentage. Le chêne et le hêtre étaient les essences les plus utilisées.

La paille et le roseau

Employée avant tout en matériau de couverture, la paille de blé ou de seigle entre également dans la composition du torchis.

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Dans les zones de marais, le roseau constitue le matériau idéal pour la toiture. Généralement, le roseau, plus résistant que la paille, est le matériau le plus utilisé.

Origine des matériaux : 2 / les roches dures

Le calcaire

Le calcaire, roche sédimentaire formée par accumulation de squelettes ou de coquilles calcaires (coraux, bivalves, foraminifères... ) compose une grande partie du sous-sol du département. Il forme de grands entablements que l’on observe à l’affleurement dans les vallées et sur les falaises littorales. La pierre calcaire régionale, issue des couches les plus dures de l’ère secondaire, est d’abord un moyen de consolidation et de renforcement des volumes en maçonnerie : angles de bâtiment, encadrement des baies, bandeaux, linteaux…

Egalement appelée « marne », la craie est une roche calcaire d’âge Crétacé. D’une nature très friable et poreuse, elle est extraite dans des carrières appelées « marnières ». La craie sert de base pour la chaux utilisée pour les mortiers et les enduits, mais la plupart des quantités extraites est destinée à l’amendement des terres agricoles.

Le silex

Le silex est présent sous forme de lits dans certains bancs de calcaire ou sous forme résiduelle dans l’argile à silex des plateaux.

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De couleur blonde, blanche ou noire, il est taillé sur la face visible en façade et grossièrement éclaté sur la partie cachée dans le mur. Près du littoral, on trouve de remarquables appareillages de silex taillés disposés en bandeau ou en damiers, contrastant avec les couleurs des alignements de grès ou de briques.

Le grès

On rencontre de façon résiduelle et très localisée, principalement sur le littoral, quelques bancs de grès d’âge tertiaire. Très résistant et très difficile à tailler, le grès donne une excellente pierre à bâtir, particulièrement utilisée en soubassement.

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On trouve quelques exemples d’édifices remarquables aux façades entièrement maçonnées en pierres de taille en grès. (Plus d’info sur le grès dans la colonne ci-contre).

Origine des matériaux : 3 / les roches meubles

Les limons

Couche superficielle la plus récente, les limons sont des dépôts d’origine éolienne. Très accessibles et présents sur une grande partie du département, ils représentent une part importante des matériaux de construction. Plus ou moins riches en argile, ils sont aussi appelés « terre à brique ».

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Leur utilisation crue permet de réaliser le torchis et le pisé. Cuite au feu de bois, cette terre est utilisée pour réaliser des briques.

Les argiles

Les argiles sont présentes à différentes périodes géologiques ; elles ont été exploitées en fonction de leurs caractéristiques physiques et chimiques et de leur accessibilité. Le littoral présente différentes argiles à l’affleurement, en pied ou en haut de falaise. D’autres argiles sont présentes dans la Boutonnière du Bray. Avec des caractéristiques chimiques et structurales différentes, les argiles, plus plastiques que les limons, servent à la fabrication des briques (notamment briques réfractaires) et des tuiles.

Les sables

Les sables quartzeux, aussi appelés "sables à lapins", sont des dépôts tertiaires présents sous forme de poches dans l’argile à silex. Des sables plus anciens affleurent également dans la boutonnière du Bray. Les sables entrent dans la composition du torchis, des enduits et des mortiers.

Les galets

Les galets de silex qui forment le cordon littoral proviennent de l’érosion des falaises.

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Roulés par la mer, ils ont pris des formes arrondies. Dans la construction, ils ont été utilisés bruts en parement.

Les matériaux alluvionnaires

Accumulés par les cours d’eau et déposés dans leurs lits fossiles ou actuels, les matériaux alluvionnaires sont classés en fonction de leur granulométrie : graviers, sables, limons. Exploités, ils entrent dans la composition des ciments.

La toiture et les matériaux de couverture

Pour répondre aux conditions climatiques mais aussi selon l’utilisation des combles et le matériau de couverture employé, la toiture adopte différentes formes. Dans l’habitation traditionnelle rurale, la toiture possède par exemple deux croupes lorsque le grenier est inaccessible ou que l’escalier se trouve à l’intérieur du logis. Quand les combles servent de lieu de stockage, la toiture intègre des lucarnes ou une queue de geai qui protège l’escalier extérieur. En terme de matériaux de couverture, les plus anciens tels que le chaume ou la tuile plate nécessitent une forte pente pour garantir l’étanchéité.

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Avec l’arrivée de l’ardoise et des tuiles mécaniques, dont les formes et les mises en oeuvre permettent des pentes moins importantes, les charpentes ont été adaptées, dégageant du volume dans les combles, réhaussant ainsi les façades de 80 centimètres environ. Aussi, le climat pluvieux a incité les charpentiers à faire déborder largement la toiture, parfois sous forme d’un coyau.

Le chaume

Ce matériau naturel parfaitement étanche et isolant, est relativement léger : la charpente ne nécessite pas d’être robuste. Pour faciliter l’écoulement de l’eau de pluie, la charpente est fortement inclinée : de 55 à 60 degrés.

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La tuile ancienne

Moulée à la main et cuite au feu de bois, la tuile ancienne prend différentes nuances de rouge suivant l’argile utilisé. Fabriquée de manière artisanale, ses dimensions, sa planéité mais aussi sa dureté et sa porosité sont irrégulières. En toiture, pour des raisons d’étanchéité, chaque tuile est recouverte une fois et demi par ses voisines, ce qui génère une toiture très lourde.

L’ardoise

Extraite des carrières de schiste basnormandes, l’ardoise est réservée aux riches édifices jusqu’au XIXème siècle. C’est grâce au chemin de fer que l’ardoise conquiert la Normandie. De formats variés, les ardoises peuvent être retaillées et s’adaptent aux découpes parfois complexes des toitures.

La tuile mécanique

A partir du milieu du XIXème siècle, les tuileries industrielles profitent du transport ferroviaire pour répandre la tuile dite « mécanique ». De format standardisé, son modelé donne au toit des motifs très réguliers. Techniquement, chaque tuile est emboîtée avec ses voisines. Cela permet une pente de toiture plus faible et un recouvrement moindre que pour la tuile plate ancienne.

Le pan de bois

La construction à pans de bois est un assemblage de poteaux et poutres, disposés à intervalles plus ou moins régulier. Les pièces maîtresses (poteaux et sablières) délimitent les principaux panneaux du colombage, entre lesquels vient s’inscrire l’ossature secondaire, composée de colombes et d’écharpes.

L’assemblage des pans de bois, fait à plat sur le sol, est placé sur un muret de soubassement (le solin) et sur des dés de pierre qui protègent des remontées d’humidité. Après l’assemblage des murs, vient la pose des sommiers. Dans les maisons traditionnelles dites « longères », ces sommiers, constitués d’un seul tronc de chêne ou d’orme, limitent la profondeur de la maison à 4 ou 5 mètres. Ainsi, l’habitation se présente sous une forme allongée avec des pièces en enfilade. La cheminée, véritable massif de briques édifié indépendamment de l’ossature, se place toujours perpendiculairement à l’axe de la maison et contribue à la stabilité de l’ensemble.

Les matériaux de remplissage

Le torchis : un matériau de remplissage traditionnel

Mélange d’argile, de limon, de pailles hachées (parfois de crins d’animaux) et de sable, le torchis est mis en oeuvre manuellement. Contrairement à d’autres matériaux à base de terre, il a besoin d’un support. Celui-ci est créé par un réseau de pièces de bois fixé dans l’épaisseur du mur : lattis, gaulettes ou éclisses selon les techniques.

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Enfin, la surface du torchis est striée régulièrement pour créer une bonne adhérence de l’enduit de finition. Pour en savoir plus, voir notre article : "Rénover lesmurs en torchis"

La brique de remplissage

A partir du XVIIème, les briques cuites au feu de bois dans les fours de campagnes se substituent parfois au remplissage en torchis. Longues, épaisses et rarement bien calibrées, elles sont posées à plat, obliquement ou debout. Elles peuvent être recouvertes d’un enduit.

L’ essentage : une technique pour protéger les murs de la pluie. Le bois craint l’humidité et le torchis se dégrade vite sous l’effet de la pluie et du gel. Pour protéger les façades exposées et permettre aux matériaux de respirer, on a recours à l’essentage des murs par recouvrement de planches ou de bardeaux de bois, d’ardoises voire de tuiles. Ce système d’accroche laisse circuler l’air sans que la pluie ne s’infiltre.

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Les maçonneries

La richesse esthétique des maçonneries normandes tient aux multiples combinaisons des techniques de mise en oeuvre des nombreux matériaux utilisés. La Normandie devrait donc sa réputation à la diversité de ses maçonneries traditionnelles bâties selon des techniques riches et multiples. Le choix des motifs parfois très décoratifs était à l’initiative du maçon et reflétait sa sensibilité.

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Cette tradition s’est perpétuée dans la construction de tous les ouvrages bâtis jusqu’au début du XXème siècle : les maisons d’habitations, les bâtiments agricoles et industriels, les églises et les petits édifices, les annexes… En milieu rural, les bâtiments agricoles plus encore que les habitations faisaient l’objet d’une attention particulière et étaient construits avec les matériaux les plus solides. Les matériaux de maçonneries traditionnels conservent les couleurs naturelles aux multiples nuances du sol dont ils sont extraits et prennent en vieillissant une patine qui les rattachent au caractère immuable de la terre.

Le principe de construction

Les pierres calcaire et grès taillées ou les briques industrielles moulées composent la structure du mur et servent au chaînage de la construction. De nature plus fragile ou de forme moins régulière, les briques moulées anciennes ou les moellons de silex assemblés au mortier servent au remplissage du mur. L’ensemble constitue l’appareillage qui reste apparent quand le mur de maçonnerie n’est pas recouvert par un enduit.

la technique du blocage

Dans l’épaisseur du mur, il s’agit de dresser un parement de moellons de chaque côté du mur et de combler l’intérieur par des éclats de diverses dimensions mêlés à de la terre : c’est la technique du « blocage ». La solidité de l’ensemble est assurée par les chaînages qui traversent le mur à intervalles réguliers.

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La chaux : un matériau incontournable pour des murs qui respirent. Pour la restauration des constructions traditionnelles en pierres calcaires, briques…, la présence de chaux dans le mortier et dans l’enduit garantit une construction saine : l’humidité n’est pas retenue dans l’habitat et les murs « respirent ».

Un matériau indésirable : le ciment Imperméable, trop rigide et trop étanche pour les matériaux comme la brique ancienne, la pierre ou le torchis, le ciment retient l’humidité dans le mur et crée des désordres importants : fissures, effritement, pourrissement…

Empruntez l’exposition du CAUE

sur les Paysages et l’Architecture Traditionnels de Seine-Maitritime voir ici

Consultez le site APPRENDS-MOI-LE-PAYSAGE

C’est un site web comprenant des fiches thématiques permettant à l’enseignant de diriger des séances sur les grandes définitions et composantes du paysage ou sur un thème : le Pays de Bray, le Pays de Caux, la mare, la haie, le village, les infrastructures, les jardins... Il comprend aussi des fiches de propositions d’actions à concrétiser avec les élèves soit sur le terrain soit en classe. Il propose enfin une riche iconographie. Une des originalités de l’outil est que chaque document s’appuie sur le paysage de notre département et ses caractéristiques, permettant aux jeunes de reconnaître et de connaître ce qui les entoure au quotidien. Voir ici

Plus d’infos sur le grès

Le grès est une pierre grise souvent utilisé en opposition avec un matériau plus coloré tel que la brique.

L’église de Fontaine le Dun : la base de l’église est réalisée en tuf, roche calcaire d’eau douce tendre, trouée, comportant des fossiles. Dès le 13ème siècle le tuf se fait rare ; on a dû utiliser le grès. Cette roche excessivement dure n’était pas utilisée auparavant faute d’outils suffisamment robustes et de techniques de taille. Il se peut que la guerre de 100 ans et son brassage des populations ait importé une technologie pour le tailler. Cette roche ne se taille que fraîchement sortie de terre avant que la perte de son humidité ne la durcisse. Le grès se compose à la base de sable granitique aggloméré avec de la silice (roche la plus dure après le diamant). Les falaises de Seine-Maritime alternent des couches de craie et de silex. On y rencontre parfois des sables, des argiles, des marnes et du grès. Dans la chapelle de Fontaine le Dun on a retrouvé une pierre tombale du 14è siècle en grès qui serait l’utilisation connue la plus ancienne. Le grès se sculpte très difficilement.

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Malleville-les-grès

Il n’y avait pas de carrière à proprement dit. Le banc de grès était exploité dans des trous de 8 à 10 mètres de profondeur. C’était un travail très ingrat. Le grès contient en effet de la silice qui provoque la silicose (maladie très grave). A Saint Pierre le Viger, existait une usine de toile émeri, produit fabriqué à partir du grès. Les constructions en grès sont humides car il accentue la condensation au chaud-froid.