le 23-09-2017
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EXPOSITION - Le paysage du Pays de Bray

Une dépression imperméable - Une géomorphologie particulière : la boutonnière du Bray

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Le Pays de Bray est d’abord caractérisé par son relief présentant une vaste dépression de 2 à 15 km de large, orientée du nord ouest vers le sud est. C’est la « Boutonnière » du Pays de Bray qui s’individualise du plateau picard au nord et du plateau cauchois au sud. A l’ère tertiaire, un dôme anticlinal* asymétrique est provoqué par le soulèvement des couches calcaires. Ce dôme va s’éroder progressivement, mettant à jour des roches plus anciennes mais aussi plus tendres de l’ère jurassique. Ainsi, argiles et sables constituent le fond de la dépression. Deux cuestas composées des roches les plus résistantes et orientées NO-SO forment le rebord de la boutonnière. Des buttes, présentes au centre de la dépression, elles aussi plus résistantes à l’érosion, sont les témoins de l’anticlinal disparu. On les appelle les buttes témoins.

Une eau omniprésente

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Le sous-sol argileux explique que l’eau soit si présente. Issue des ruissellements des nappes aquifères mises à jour par la dépression du Bray, l’eau reste en surface, suinte à travers prés et grossit les ruisseaux et les rivières jusqu’à provoquer des crues. Un réseau dense de rivières se crée : Epte, Andelle dirigées vers la Seine, Yères, Eaulne, Béthune et Varenne orientées vers la Manche. Le Thérain prend la direction du sud-est pour aller se jeter dans l’Oise. Elles sont souvent soulignées de groupements d’aulnes plus ou moins denses qui marquent ainsi le paysage. Certaines sources donnent parfois naissance à des cours d’eau temporaires.

Une mosaïque entre milieux naturels et zones agricoles - L’occupation agricole

Le bocage, un paysage intimiste

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La trame bocagère constituée de haies champêtres et d’arbres têtards forme le paysage caractéristique des parties centrales de la Boutonnière. Présentes en périphérie des villages, en limite des prairies permanentes, ces haies, taillées, sont composées de nombreux arbustes champêtres dont quelques épineux à rôle défensif (houx, aubépine, prunellier…)

La haie à jalons, un savoir-faire à retrouver.

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Entourant de nombreux prés et quelques jardins jusqu’au coeur des villages brayons, les haies à jalons sont les témoins d’un savoir-faire ancestral. Elles s’appuient sur des baguettes de noisetier ou de châtaignier fendues et disposées en croisillons. Ce dispositif assure leur soutien et renforce leur rôle de protection. Voir ci-contre un diaporama sur la fabrication de la haie à jalons, notamment les "enfiques"

Les vergers, regroupés autour des villages

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Comme sur l’ensemble du département, les vergers sont en régression. On les retrouve le plus souvent à proximité des zones bâties. Le maintien de l’élevage dans les secteurs bocagers a certainement permis de préserver une partie de ce patrimoine arboré.

Les cultures, une ouverture du paysage

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Les zones de cultures sont situées sur les versants peu abrupts et les replats. Ces modelés doux offrent au regard de véritables mosaïques. Lorsque les pentes sont accentuées, on voit apparaître des cultures en lanières, raccordées par des talus hauts et droits. Ils marquent visuellement les lignes de force du paysage. Sur les versants plus abrupts se développent des pelouses calcicoles souvent ponctuées de quelques arbustes (ronciers, églantiers…). Elles prolongent parfois les ourlets boisés des coteaux les plus pentus.

Les milieux naturels

Les forêts, territoires domestiqués

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Des grands massifs forestiers domaniaux et des boisements privés marquent fortement les horizons et les perspectives du paysage brayon. Il s’agit essentiellement de hautes futaies de hêtres répondant aux objectifs de gestion actuelle. La toponymie nous renseigne sur les essences qui composèrent autrefois ces forêts (la Chênaie de Bray, le Quesnoy, le fond de l’Ormelet…)

Les zones humides, des espaces en régression

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Les quelques tourbières se développant dans le Pays de Bray sont des vestiges d’ensembles beaucoup plus vastes qui s’étendaient de Gournay-en-Bray à Forges-les-Eaux. Ces milieux sont très riches du point de vue écologique. Les prairies humides bordent les cours d’eau et sont très présentes dans le fond de la boutonnière aussi appelé le Bray humide. Sur sol imperméable, peu propices à la culture, ces zones servent au pâturage aux bovins.

Des arbres au bord de l’eau

Les nombreux cours d’eau qui parcourent le pays de Bray sont discrets ; une ripisylve vient parfois souligner leur présence. Celle-ci se compose généralement d’aulnes glutineux et de saules blancs qui se distinguent par la couleur argentée de leur feuillage. Ces derniers sont fréquemment taillés en têtards. Cette ripisylve peut parfois constituer de véritables forêts alluviales. Rares et se développant sur des sols régulièrement inondés, elles se composent d’aulnes et de frênes. Au bord de certaines rivières, on observe des peupliers qui s’intègrent difficilement au paysage en raison de leur port dressé.

Un patrimoine à protéger

Ces milieux qui constituent une richesse naturelle indéniable sont aussi très fragiles. En forte régression depuis les cinquante dernières années ils font aujourd’hui l’objet de mesures de préservation. Un certain nombre d’entre eux est intégré au réseau de sites Natura 2000 (programme européen de conservation des espaces naturels). Deux sites « Espaces Naturels Sensibles » concernent également les zones humides du Pays de Bray : le Bois de l’Epinay à Forges-les-Eaux et les Prairies tourbeuses de Ferrières-en-Bray. Le marais de Fesques a fait l’objet d’un arrêté de biotope*.

La naissance d’un paysage herbager

Moyen-Age : Une colonisation progressive du territoire

Au Moyen-Age, sous la direction des communautés religieuses, les défrichements s’accentuent. Le drainage des zones humides est encouragé par les seigneurs afin de gagner des terres agricoles. Jusqu’alors les populations étaient principalement installées sur les terrasses, la vallée étant occupée par les marécages et le plateau par les forêts. Des hameaux se constituent peu à peu de façon dispersée.

XVIIème siècle : Une emprise agricole grandissante

Les défrichements, l’assèchement des zones humides et la transformation en terres cultivables et pâtures se poursuivent. Le caractère mixte de l’occupation du sol (cultures et élevage) est encouragé par la vie en « autarcie » du Pays de Bray liée à l’enclavement de ce territoire (fortes contraintes naturelles et réseau de communication peu développé). L’ouverture vers l’extérieur débute à la fin du XVIIIème siècle avec l’acheminement de produits vers Paris (beurre, fromage, viande…).

XIXème siècle : Une spécialisation de l’agriculture

Les prairies permanentes apparaissent vers 1750 et vont peu à peu remplacer la jachère. A la fin du XVIIIème siècle, la spécialisation agricole herbagère et laitière du Pays de Bray se dessine. Les cultures céréalières se cantonnent sur les terrains propices (plateaux et terrasses) alors que l’élevage se développe au fond des vallées, au coeur de la boutonnière. C’est également à cette époque qu’apparaît le bocage ; auparavant, la haie est peu présente dans le paysage. Au XIXème siècle, une nouvelle forme d’occupation du sol se développe dans les fonds de vallée : les bouveries - fermes où se faisait l’engraissement des bœufs - , où prédomine l’herbe de bonne qualité.

XXIème siècle : Une diminution des surfaces en herbe

L’élevage laitier est l’activité agricole principale dans le centre de la boutonnière. La mise en place de quotas laitiers conduit cependant certaines exploitations à se tourner vers l’élevage de viande. La culture du maïs pour nourrir le bétail l’hiver s’étend au détriment de prairies qui sont retournées. Sur les terrasses du Bray la culture se développe, le parcellaire s’agrandit, des haies bocagères ainsi que des vergers disparaissent. A cette évolution de l’agriculture se joint l’édification de nouveaux bâtiments (stabulations, silos…). Dans les bourgs, l’habitat se développe.

Les exploitations agricoles disséminées dans le paysage L’évolution de l’exploitation agricole

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Dans la Boutonnière, les hameaux et villages sont nombreux et irrégulièrement répartis. Une multitude de fermes sont dispersées au gré des points d’eau présents un peu partout dans ce bocage vallonné. Cette dispersion de l’habitat et le mauvais état des routes ont longtemps contribué à la vie en autarcie de beaucoup de fermes. A l’origine, les fermes étaient composées d’un seul corps de bâtiment. A la fois lieu de vie et de travail, cette première construction s’accompagne d’un herbage central clôturé par les haies vives qui délimitent les différents terrains de cultures et d’élevage. Au XVIIème siècle, la construction du four à pain et de l’étable, indépendants du logis, va commencer à créer la cour de ferme.

Au milieu du XVIIIème siècle, avec l’influence croissante de Paris, les paysans doivent répondre à la demande de plus en plus forte de produits frais (laitiers et volailles). L’activité liée à l’élevage se développe et le bâti principal s’allonge en même temps que diverses dépendances apparaissent. Ainsi, l’exploitation s’organise progressivement autour de l’herbage central, des pommiers à cidre y sont plantés, et les espaces de cultures se réduisent peu à peu. Avec la mécanisation agricole de la fin du XIXème siècle et l’arrivée de la maison de maître au coeur de l’exploitation, l’organisation de la ferme se complexifie.

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Une plus grande diversité du bâti ponctue le paysage vallonné du Pays de Bray. Plus récemment, les cultures disparaissent presque totalement : les bâtiments agricoles sont transformés, voire remplacés, par des constructions aux dimensions de plus en plus importantes pour répondre aujourd’hui aux normes de l’élevage industriel qui ne tiennent plus compte des caractéristiques locales.

Les villages-rues : une particularité de la Boutonnière

En périphérie de la boutonnière, sur le plateau étroit de l’Aliermont, les villages-rues (aussi appelés « boëls ») sont formés par une succession d’habitations implantées sur des parcelles en lanière et disposées perpendiculairement à l’axe de communication principal. A l’origine, derrière ces longues habitations, se trouvaient les terres cultivables accessibles par les « forrières », nom donné aux chemins d’accès aux plaines et terres agricoles.

L’implantation des bâtiments de la ferme

La ferme brayonne s’organise autour d’une cour ouverte ou fermée selon sa situation par rapport à la voie de communication. Dans les différentes configurations, la maison est au fond, face à l’accès, permettant ainsi d’identifier toute intrusion dans la propriété. Lorsque la ferme se trouve à proximité immédiate de la voie, la cour est fermée par un bâtiment longeant cette voie et mettant la maison à l’abri des regards. Cette cour est ouverte lorsque la ferme est en retrait de la route : les bâtiments se développent de part et d’autre de l’habitation et s’adaptent aux terrains irréguliers.

Les habitations de la ferme

La longère La maison du Bray, présentant une toiture très enveloppante et une façade allongée, est construite selon la technique ancestrale du pan de bois.

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Le pan de bois « brayon » se distingue à ses colombages très espacés. Orientée au sud, organisée autour d’une salle principale avec cheminée-four entourée d’une ou deux chambres, la maison d’origine comprend aussi des espaces consacrés à l’exploitation des cultures (écurie, grange, charretterie) puis de l’élevage (étable). Cette construction unique accueillera, au fur et à mesure de son développement linéaire, le pressoir et le cellier (cidre), la laiterie, la cave à fromage... en relation avec l’exploitation grandissante de l’élevage et de la production de produits de la ferme.

La maison de maître Dans les grandes exploitations, au milieu du XIXème siècle, une architecture d’influence urbaine tend à remplacer la maison à pan de bois. Inspirées des constructions publiques, des bourgs (mairies, écoles) , ces maisons dites « de maître », situées au centre de la cour herbage, empruntent leur vocabulaire architectural et leur organisation interne à l’architecture classique. La demeure se compose d’un rez-de-chaussée - où la cuisine est séparée de la salle commune, d’un étage qui accueille principalement des chambres, et des combles inhabités. Cette nouvelle construction est réalisée avec les matériaux emblématiques de l’ère industrielle : briques pour les éléments structurants, et ardoises en toiture. En complément, les matériaux locaux traditionnels servent au remplissage et au soubassement.

Les constructions annexes de la ferme

Le fournil A l’origine situé à l’intérieur de l’habitation, le fournil s’est déplacé hors du logis pour éviter les incendies.

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Construit en pans de bois et torchis sur un soubassement de maçonnerie. De plan rectangulaire, il se compose d’un rez-de-chaussée sous combles, le grenier n’étant pas exploité. Un mur de refend en brique auquel s’adosse une cheminée sépare le fournil du four proprement dit. La calotte du four, en briques et tuileaux recouverte de torchis, est à l’air libre.

La grange Longue bâtisse souvent couverte en ardoises à partir du XIXème siècle, la grange est réalisée soit en pans de bois avec soubassement soit en briques ou moellons de calcaire selon l’époque et les moyens de l’exploitant. Limitée à un comble sur rez-de-chaussée, toujours isolée de l’habitation et loin du fournil, elle apparaît comme une bâtisse presque aveugle. Son aération est assurée naturellement par des petits jours situés à proximité du faîtage, les prises d’air basses se faisant par les ouvertures du rez-de-chaussée. Avec de simples pignons droits ou protégés par une queue de geai, ou parfois avec une croupe voire deux, la forme de la toiture varie selon l’usage des combles et les besoins d’accès.

Le puits fermé Petit bâtiment situé dans la cour, cette construction fonctionnelle et symbolique est un signe extérieur de richesse. Le puits fermé est protégé par une cage de bois à claire-voie carrée ou rectangulaire. Une porte également ajourée s’ouvre au niveau de la margelle. Le mécanisme exclusivement en bois est lourd et volumineux.

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la haie à jalons est une particularité du Pays de Bray

ce diaporama retrace sa mise en oeuvre traditionnelle

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