le 21-11-2017
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EXPOSITION - Le paysage de la vallée de Seine /2

L’occupation agricole : entre prairies humides et arbres fruitiers

L’eau et la nature des sols influencent les modes d’occupation du sol. Sur les sols les plus humides, souvent cloisonnés par un maillage bocager, les pâturages extensifs et les prés de fauche occupent l’espace. Les conséquences de remembrements récents et des drainages ont favorisé l’extension des parcelles, l’ouverture du bocage au profit de la culture intensive. La vallée de Seine bénéficie d’un micro climat favorable à la croissance et à la maturation d’arbres fruitiers menés en vergers intensifs dans certaines boucles de la Seine.

Moyen-Age :une occupation précoce de la vallée

Les vestiges de l’époque gallo-romaine sont répandus : villa, lieu de culte ou cimetière. Le christianisme s’implante peu à peu et des abbayes se construisent sur les anciens sites sacrés. Les villages respectent les implantations antérieures en pied de versant et en limite de la zone inondable. La vigne et les premiers vergers sont deux des pans de l’emprise de l’homme sur le végétal. Le fleuve est encore sauvage même s’il est déjà lieu de ressources.

XVIIème siècle : une exploitation agricole qui sculpte le paysage

Avec les grandes communautés religieuses, s’installent peu à peu de petites fermes. Les coteaux sont davantage exploités (vigne, puis culture d’arbres fruitiers et pâturage). En bordure du fleuve, les zones de marais sont assainies par un système de canaux de drainage, accompagnés d’arbres taillés en têtard, et des digues de retenue sont ponctuellement établies. Inondées temporairement, ces terres ont été principalement exploitées pour l’élevage (prairies de fauche et pâturages). Les successions familiales ont favorisé au XVIIème et XVIIIème siècle un découpage caractéristique en lanières de ces parcelles perpendiculaires au fleuve. Les falaises sont utilisées pour la réalisation d’un habitat troglodytique.

XIXème siècle : une empreinte forte de l’homme

C’est seulement au XIXème siècle que la création systématique de digues permet l’approfondissement du fleuve et ainsi préserve la navigation et notamment l’accès au port de Rouen (menacé par l’ensablement du fleuve et l’augmentation de la taille des navires). Ces aménagements, qui se traduisent par un rétrécissement de la largeur du fleuve, transforment peu à peu la vallée sauvage et laissent place à un fleuve domestiqué. Dans la plaine alluviale, des carrières se creusent pour extraire sables et graviers : les ballastières.

Avec la révolution industrielle, les bâtiments nécessaires aux activités économiques (textile, construction navale, production électrique…) et portuaires de la Seine se développent, principalement autour des villes. Parallèlement le tissu urbain gagne les petites vallées affluentes où les industries s’installent le long des rivières.

XXIème siècle : un pôle industrialo-portuaire

Après la seconde guerre mondiale, l’industrie pétrochimique se développe en Basse Seine. Les zones humides jusqu’alors maintenues en pâturages extensifs ou en prairies de fauches disparaissent au profit de plantations de peupliers et de la culture du maïs. Les bacs et la navigation fluviale appartiennent au paysage dynamique de la vallée. Après l’extraction des granulats, les ballastières conduisent à la production de nouveaux plans d’eau autour desquels peuvent s’implanter des bases de loisirs…

La cour fruitière

Recherchant les terres fertiles des bords de Seine, l’habitat de la vallée est très linéaire, se courbant à l’image du fleuve et s’étirant au contact de la basse terrasse et du marais inondable. Héritage du savoir des moines des abbayes de la Vallée, l’arboriculture fruitière profite du micro-climat des méandres abrités des vents et parfaitement ensoleillés. Plus fréquemment situées sur les prairies sèches des pieds de coteau, les cours fruitières se sont aussi implantées sur les terres très fertiles des bords de Seine.

S’ouvrant à la fois sur la Seine et la route qui les relie aux prairies humides, les cours fruitières forment des parcelles très étroites et perpendiculaires au fleuve. Plantées d’arbres fruitiers et drainées par un réseau de fossés, ces exploitations agricoles accueillent quelques moutons voire quelques vaches en complément d’activité. Très souvent l’exploitation ne comporte pas d’étable, les animaux étant à l’herbe. Parmi les constructions annexes, on trouve dans chaque exploitation plusieurs remises permettant de mettre les fruits à l’abri. Les bâtiments sont modestes, en rapport avec la petitesse des exploitations agricoles. Au XIXème siècle, l’aspiration au confort et à l’agrément pousse les occupants de la maison à profiter d’une vue sur le fleuve : la nouvelle habitation, plus cossue et souvent construite en brique, s’installe parallèlement à la Seine.

Un relief contraignant pour l’urbanisation

Sur les rives concaves, qui offrent peu d’espace urbanisable, l’habitat se trouve en pied de coteau. Exception faite des vallées affluentes où l’habitat peut se développer plus largement, l’urbanisation se fait en bandes linéaires discontinues dans la vallée. La présence de falaises est propice au développement de l’habitat troglodytique.

Sur les rives convexes, ce sont les zones inondables qui ont imposé la répartition de l’habitat. Les crues ont par endroits constitué un bourrelet alluvial qui a permis l’implantation de l’habitat. En l’absence de ce bourrelet alluvial, la colonisation de l’habitat ne s’est réalisée qu’au niveau des terrasses, au dessus des terres inondables.

La chaumière

Premier corps de ferme, la chaumière est implantée au coeur du verger. De forme très allongée, elle est construite perpendiculairement à la Seine. Le volume principal est en pan de bois sur un soubassement de pierre calcaire. Dans certains cas, le colombage présente des décrochements pour s’adapter à la pente du terrain.

La maison en pierre

Bénéficiant du calcaire et du silex fournis par la corniche, cette construction blanc-écru est réalisée en moellons renforcés par des chaînages en pierre taillée. Cette habitation, peu percée, est recouverte tout d’abord de chaume, puis, à partir du XVIIIème siècle, d’ardoises ou de tuiles.

La grange dîmière

Edifice imposant, cette construction en maçonnerie de calcaire est couverte par une immense toiture de chaume. A l’intérieur, la robuste charpente en chêne repose sur des piliers et sur les contreforts ou chaînages des murs latéraux. C’est dans cet édifice qu’était stocké le dixième des produits de la terre et de l’élevage versé à l’abbaye du domaine par les paysans.

La remise

De dimension réduite, avec peu d’ouvertures, ce bâtiment, séparé de l’habitation, sert de stockage pour les fruits et pour le bois de chauffage. Ses matériaux de construction et de toiture sont variés, comme la plupart des constructions locales.